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L'Année de l'Eucharistie
a) publication de la lettre encyclique "Ecclesia de Eucharistia" le 17 avril 2003, à l'occasion du Jeudi Saint
b) publication de l'Instruction "Redemptoris Sacramentum" par la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements le 25 mars 2004
c) tenue du 48e Congrès Eucharistique International à Guadalajara au Mexique du 10 au 17 octobre 2004
d) tenue de la XIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques à Rome en octobre 2005 sous le thème: "L'Eucharistie: source et sommet de la vie et de la mission de l'Église ".
Tous ces événements nous invitent très certainement à donner une attention toute particulière à ce mystère central de notre foi. Le Pape nous exhorte dans son encyclique (no 7), "à en faire constamment une expérience renouvelée". "L'Eucharistie, ajoute-t-il, présence salvifique de Jésus dans la communauté des fidèles et nourriture spirituelle pour elle, est ce que l'Église peut avoir de plus précieux dans sa marche au long de l'histoire. Ainsi s'explique l'attention empressée qu'elle a toujours réservée au Mystère Eucharistique…" (no 9)
C'est à cette "attention empressée'' que je voudrais inviter notre Église de la Côte-Nord. Malgré la diminution du nombre de prêtres, l'Eucharistie est encore beaucoup célébrée dans nos milieux. Elle rassemble encore beaucoup de chrétiens et de chrétiennes. L'Eucharistie demeure l'acte sacramentel le plus souvent posé dans notre Église. Qui dit "souvent" dit en même temps risque de routine, de gestes répétitifs, de perte de sens. Voilà pourquoi les nombreux événements liés à l'Eucharistie plus haut arrivent à point nommé. Ils nous appellent à un temps de réflexion et d'évaluation.
Dans son encyclique (no 6) le Pape écrit cette phrase à la fois très belle et très exigeante: "Chaque fois que l'Église célèbre l'Eucharistie, les fidèles peuvent en quelque sorte revivre l'expérience des deux disciples d'Emmaüs: « Leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent ». (Lc 24,31) Permettre la rencontre du Christ, n’est-ce pas ce à quoi chaque célébration eucharistique devrait arriver ? Laissons-nous donc interpeller par la vaste réflexion ecclésiale en cours. Le Comité diocésain de liturgie reviendra sur ces questions au cours de l’année.
Remerciements
La relève sacerdotale n'étant pas plus forte dans les communautés religieuses que dans le clergé séculier, le P. Paul Desaulniers, alors provincial, m'avait laissé entrevoir, il y a déjà quelques années, que la fin du mandat du P. Prémont marquerait fort probablement le terme de l'engagement des Missionnaires du Sacré-Cœur dans l'Église de la Côte-Nord. C'est la triste réalité qu'il nous faut accueillir ces jours-ci.
Quelques noms ont particulièrement marqué la présence de cette communauté à Sacré-Cœur de Saguenay, et tout particulièrement ceux des deux seuls curés que cette paroisse a connu au cours des 53 dernières années. Le P. Léopold Mayrand a été le pasteur de cette communauté de l951 à 1986; le P. Ludovic Prémont lui a succédé de 1986 à maintenant. Les paroissiens de Sacré-Cœur se rappellent également les noms des P. Bérubé, Poulin, Plourde et plusieurs autres qui ont œuvré parmi eux.
À tous ces prêtres, à la communauté des Missionnaires du Sacré-Cœur, je veux dire la reconnaissance de l'Église de Baie-Comeau. Votre présence chez nous a marqué la paroisse de Sacré-Cœur, mais aussi le diocèse lui-même, puisque vous avez été très présents à la pastorale diocésaine et à tous ses projets. Que cette présence de qualité qui a duré plus de cinquante ans continue de porter du fruit dans notre Église où vous serez toujours les bienvenus!
Action de grâce
Action de grâces pour vous, confrères prêtres, qui portez la charge d'une ou plusieurs communautés chrétiennes, qui accompagnez divers groupes ou mouvements, qui, même à la retraite, continuez de servir de diverses manières le peuple de Dieu sur la Côte-Nord. Action de grâce pour vous, frères diacres, qui exercez des ministères divers, le plus souvent auprès des personnes démunies ou souffrantes. Action de grâces pour vous, agents et agentes de pastorale, qui contribuez au niveau local ou diocésain à la marche quotidienne de notre Église. Action de grâces pour vous, bénévoles, qui, de multiples manières, soutenez l'action pastorale dans vos communautés chrétiennes et dans les mouvements divers. Action de grâces pour vous, religieux et religieuses, qui, par vos vœux et le témoignage de votre engagement, nous invitez à marcher à la suite du Christ.
Action de grâce pour la foi qui s'exprime dans notre Église, par la prière et la fidélité à la Parole du Christ. Action de grâces pour tous ces gestes de charité accomplis simplement, loin de toute recherche de reconnaissance. Action de grâce pour l'espérance qui demeure forte, malgré les éprouves, chez beaucoup de nos frères et sœurs.
Certes, dans l'exercice de sa mission, notre Église n'est pas parfaite. Certains aspects de son action pastorale ont besoin d'être enrichis. On pourrait rêver qu'elle soit plus vivante, plus dynamique peut-être; j'ai préféré la regarder, cette Église, à la fin de notre année pastorale, avec un regard qui s'émerveille devant tout ce que le Christ et Son Esprit ont suscité en elle de beau et bon.
Ce type de regard est déjà source de repos avant le départ pour les vacances que je vous souhaite bonnes et reposantes!
Des seuils à franchir
Cette mission du Christ et de son Église ne change pas. Elle est toujours la même bien qu'elle s'accomplisse, au cours des âges, dans des contextes bien différents. Chez nous, par exemple, le contexte s'est radicalement transformé au cours du dernier demi-siècle. Nous sommes passés rapidement d'une société de chrétienté à une société sécularisée. Dans la première, la catéchèse des enfants était bien assurée par le système scolaire confessionnel ; dans beaucoup de familles, la prière était une réalité quotidienne ; une grande majorité de catholiques participaient régulièrement aux rassemblements liturgiques ; la religion imprégnait toute la vie. Dans notre société sécularisée, tout a changé ; la catéchèse des jeunes n'est plus une réalité assurée ni par l'école où l'enseignement religieux est réduit à peu de choses ni par les paroisses qui, dans la grande majorité des cas, n'ont pas trouvé le moyen de prendre la relève ; je ne crois pas me tromper en affirmant que la prière familiale n'a plus la même vague qu'autrefois ; quant à la participation à la liturgie, elle est devenue épisodique pour beaucoup de baptisés?es. Dans la société sécularisée, la religion est repoussée à la périphérie des préoccupations personnelles et sociales.
Une telle diversité de situations ne peut pas ne pas marquer profondément l'action pastorale de l'Église dans tous les domaines. Prenons le cas de la formation à la vie chrétienne. Dans la société de chrétienté, la préparation aux sacrements s'inscrivait tout naturellement dans les parcours catéchétiques selon les âges et les degrés scolaires. Il n'y avait pas, à proprement parler, de préparation au baptême ; pour les autres sacrements de l'initiation, pardon, eucharistie, confirmation, l'école assurait ce qui paraissait nécessaire. Dans cette société de chrétienté, on supposait facilement, à tort ou à raison, que tout le monde avait la foi, et que tout le monde savait les choses essentielles de la foi. Dans notre société sécularisée, il devient difficile de faire les mêmes suppositions ; la préparation aux sacrements s'est donc développée et elle est destinée, me semble-t-il, à s'allonger en s'inspirant de l'approche catéchuménale. Sans quoi, on va célébrer les sacrements du Christ… sans connaissance du Christ !
Dans cette vaste opération, qui ne va pas sans inquiétude et sans insécurité, nous avons des seuils à franchir :
1) Tout d'abord le seuil de nos habitudes héritées du passé qui nous laissent croire, peut-être trop facilement, que le Christ est connu de tous ceux et celles qui demandent les sacrements. Ces mêmes habitudes nous invitent à réduire autant que possible les démarches, d'autant plus que cette façon de faire correspond si bien aux attentes des gens de notre époque qui veulent que tout se fasse vite. Or, nous le savons, on n'apprend pas à connaître le Christ, on ne découvre pas l'immensité de son amour en l'espace de rien. Il y faut du temps, de la patience.
2) Il y a aussi le seuil de nos peurs, de nos craintes : crainte de décourager par ce qui peut sembler trop exigeant, crainte d'éteindre la mèche qui fume encore. Nos façons de faire sont ici d'une extrême importance. Il nous faut imiter Jésus qui marche avec les disciples d'Emmaüs, qui les accompagne dans leur questionnement et qui leur offre finalement un nouveau regard sur les événements qui se sont produits à Jérusalem.
Nous portons aussi la crainte de devoir affronter des résistances qui peuvent prendre toutes sortes de formes : colère, chantage, manipulation, etc.
Franchir des seuils, vivre des passages… cela peut ressembler à la marche au désert. La tentation de revenir en arrière, de retourner aux oignons d'Égypte, ou de " murmurer " comme les Hébreux le faisaient à l'encontre de Moïse, est toujours prête à nous envahir. Voilà pourquoi, il importe de nous redire souvent la mission qui est la nôtre : aider ceux et celles que nous rencontrons ou qui viennent à nous à accueillir consciemment dans leur vie l'amour libérateur de Dieu le Père qui nous a été annoncé par Jésus le Christ.
Vivre avec le Christ ressuscité
Bien évidemment, l'Église a autre chose à dire et à fêter à l'occasion de Pâques. Elle est tout à la joie de célébrer le mémorial de la résurrection de son Seigneur, la victoire de la vie sur la mort. Cette fête, pleine de lumière, appelle les baptisés-es à une nouvelle manière de vivre avec le Christ ressuscité. Qu'est-ce que cela signifie ?
En ressuscitant, Jésus est entré tout entier dans le monde divin. Il n'est pas revenu à la vie dans la condition qu'il connaissait avant la Passion : son corps transformé n'est plus soumis aux lourdeurs des lois physiques. Les apôtres, les disciples d'Emmaüs, Marie-Madeleine le voient apparaître et disparaître de façon bien étonnante. La vie divine a accompli parfaitement son œuvre dans le corps ressuscité de Jésus ; elle l'a glorifié parfaitement. Vivre avec le Christ ressuscité ne veut pas dire, pour nous, connaître dès maintenant les mêmes transformations. Mais nous pouvons très certainement, à la suite de Jésus ressuscité, commencer à entrer dans le monde de Dieu. Cette démarche a débuté à notre baptême. Elle se poursuit à travers tous nos efforts pour vivre dans la fidélité à cet engagement premier. Elle est caractérisée, me semble-t-il, par deux mouvements importants :
- La recherche de la volonté du Père : c'est ce que Jésus a fait tout au long de sa vie terrestre. Cette recherche, cette disponibilité à la volonté de Dieu le Père permet au croyant d'éviter certains pièges, tout particulièrement celui des idoles. Au tout début du Carême, le récit des tentations nous a rappelé comment Jésus, tenté par les idoles du matérialisme, de la puissance et de la gloire, s'est tourné vers la Parole de Dieu pour y découvrir la volonté du Père concernant sa mission. Tout croyant, toute croyante doit affronter un jour ou l'autre la même tentation. Le risque de se faire de faux dieux demeure toujours présent. Vivre avec Jésus ressuscité, c'est chercher avec lui dans la Parole de Dieu quel est le désir du Père.
- L'accueil des inspirations de l'Esprit-Saint : au tout début de sa vie publique, au moment où il est baptisé par Jean-Baptiste, Jésus reçoit l'onction de l'Esprit. C'est le même Esprit qui conduit Jésus au désert et qui le guide tout au long de sa mission. Cet Esprit en est un de lumière, de vérité, de droiture. Vivre avec le Christ ressuscité, c'est se laisser guider par le même Esprit qui nous fait rechercher les réalités d'en haut (Col. 3,1) et qui nous purifie des vieux ferments pour faire de nous une pâte nouvelle (1 Cor. 5,7).
Vivre avec le Christ ressuscité ! N'est-ce pas un bel objectif pour ce temps pascal que nous allons bientôt entreprendre. Joyeuses Pâques !
J'étais malade... et vous m'avez visité
À la suite de Jésus, l'Église, dans son ministère, a toujours pris soin des malades. Chez nous, le système de santé a été mis sur pied presque en totalité par les communautés religieuses. Et les pasteurs ont toujours beaucoup visité les malades pour leur apporter le " réconfort de la religion " comme on disait autrefois.
Dans la vie de tout être humain, une maladie sérieuse constitue une forme d'ébranlement. Elle suscite chez certains la révolte contre Dieu: " Pourquoi moi? Qu'est-ce que je lui ai fait, au bon Dieu? " Chez d'autres, elle déclenche la peur, l'insécurité. Chez tous, elle provoque une interrogation, une remise en question, la recherche d'un sens. Comme Église engagée dans le ministère auprès des malades, nous ne pouvons pas répéter à volonté les miracles et les guérisons physiques comme Jésus le faisait. Il arrive bien sûr des guérisons parfois inexplicables selon les connaissances actuelles de la médecine; çà et là, on trouve un thaumaturge, comme le Frère André le fut à Montréal. Mais de façon plus habituelle, le ministère de l'Église auprès des malades consiste à accompagner, à écouter, à être avec, à prier, à aider la recherche du sens, à unir la souffrance du malade à celle du Christ.
Le 11 février prochain, l'Église célébrera la Journée mondiale du malade. Dans plusieurs paroisses, l'événement sera souligné de diverses façons. Je souhaite que cette journée soit aussi l'occasion pour les pasteurs, les conseils paroissiaux de pastorale ou les équipes locales de réfléchir sur l'attention apportée aux malades dans la communauté chrétienne. Visiter un malade, c'est rencontrer le Christ. " J'étais malade… et vous m'avez visité ".