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Le temps de la chasse… des leçons à tirer !
La saison de la chasse à l’orignal vient de s’achever. Des milliers de nord-côtiers et de nord-côtières ont envahi nos forêts et se sont donné un mal fou afin d’intercepter la bête dont ils rêvaient depuis un certain temps. Ils se sont donné un mal fou…c’est peu dire ! Il a fallu préparer la cache avec soin, réparer ce qui avait pu être brisé depuis la dernière chasse. Et puis vérifier si tout était en ordre au camp de chasse. Il a fallu par la suite « rapailler » tout le matériel : les armes, la nourriture, l’habillement, tout ce qu’il faut pour vivre en forêt pendant deux ou trois semaines. Est arrivée enfin l’ouverture de la chasse. La forêt s’est peuplée pendant que villes et villages se vidaient. Les longues heures d’attente ont commencé, de l’aube à la brunante, dans toutes sortes de climats. La chaleur, le froid, l’attente, tout cela importait peu tant l’espoir était grand… un orignal viendrait bien à passer à portée de tir !
D’autres, moins nombreux, se sont donné encore plus de mal. Ils ont fait ce que l’on appelle la « chasse fine ». Ils n’ont pas attendu que la bête vienne à passer tout près d’eux. Ils l’ont cherchée, ils l’ont poursuivie, ils se sont laissé guider par des traces ou d’autres indices.
Imaginez les efforts qu’il faut déployer, la fatigue qui finit par s’emparer des chasseurs. Et les risques aussi… risque de s’égarer, de se blesser. Nos amis chasseurs investissent, sans trop compter, temps, argent et énergie pour traquer une bête en pleine forêt. Il est vrai que la récompense n’est pas petite. Il faut voir la fierté de ceux et celles qui ramènent un trophée ; et puis une bonne fondue à l’orignal n’est pas à dédaigner !
Tout cela, étrangement, m’amène à réfléchir sur nos responsabilités pastorales. En effet, les chasseurs de chez nous font preuve d’initiative, de créativité, de patience, de persévérance. Ils ne se laissent pas arrêter facilement par les obstacles. Se pourrait-il que les mêmes qualités soient de mise dans l’activité pastorale ?
Notre tâche de proposer la Bonne Nouvelle de Jésus dans le monde d’aujourd’hui n’est pas simple. Pour la mener à bien, il nous faut de plus en plus entrer dans la forêt touffue du monde moderne où l’on trouve de tout. Le terrain est difficile : nous avons à avancer, comme tout chasseur, parfois dans la montagne, parfois dans le marécage. Nous voyons de tout, du pire et du meilleur ; nous entendons de tout, du sublime et de l’absurde. Les points de repère qui nous guidaient au village de la chrétienté sont disparus dans la forêt où nous circulons. Il y a même risque de se perdre, de s’égarer, de tourner en rond, de ne plus savoir quelle direction prendre.
Regardons nos amis chasseurs ; ils peuvent nous apprendre quelque chose par leur détermination, leur créativité, leur persévérance. Et rappelons-nous que, pour nous aussi, la récompense n’est pas petite. Quelle joie de voir quelqu’un reprendre espérance au contact de la Parole de Dieu ! Quelle joie de voir un jeune découvrir un sens à sa vie ! Quelle joie de permettre à une personne dégoûtée d’elle-même de découvrir le visage tendre et miséricordieux du Père qui redonne vie ! Sans oublier la promesse de Jésus à ses disciples de les prendre avec Lui pour toujours.
+Pierre Morissette
Novembre 2003
Retrouver une fibre missionnaire
Deux événements importants marqueront la journée du 19 octobre 2003. Le premier est la célébration du dimanche missionnaire mondial qui rappelle à tous les baptisés-es leur responsabilité de transmettre la lumière qui a éclairé leur vie. « Personne, après avoir allumé une lampe, ne la cache sous un couvercle ou ne la met en dessous du lit: on la met sur le lampadaire pour que ceux qui entrent voient la lumière » (Lc 8,16). Par cette parabole, Jésus indiquait à la foule qui se rassemblait autour de lui quelle doit être la façon d'agir des auditeurs de la Parole. Cette Parole est lumière: elle doit être communiquée, annoncée à d'autres. Elle n'est pas donnée pour être enfouie dans le secret, mais pour être proclamée.
Trop peu de chrétiens et de chrétiennes, malheureusement, ont ce souci de l'annonce, de la proclamation de la Bonne Nouvelle. Trop peu ont à cœur de faire connaître Jésus, « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Nous vivons dans une société matérialiste, qui nous encourage à la consommation. Si nous n'y prenons garde, cette mentalité consommatrice envahit tous les secteurs de la vie sans exception, y compris la vie chrétienne. On peut en effet accueillir avec plaisir la Parole de Dieu parce qu'elle nous fait du bien personnellement, mais n'avoir aucun souci de faire connaître à d'autres ce qu'on a reçu. Les raisons peuvent être fort différentes d'une personne à l'autre: la gêne, la peur d'être identifié comme croyant, la conviction que cette responsabilité me dépasse, etc. Tout cela fait que la Parole de Dieu est peu communiquée, peu annoncée. Et, nous avertit Jésus, quand la Parole reçue n'est pas annoncée, communiquée à d'autres, mais gardée comme en secret dans le cœur, elle risque de s'étioler, de s'affadir et de n'avoir plus d'influence dans la vie de celui ou de celle qui l'a reçue. (Lc 8,18)
Le deuxième événement célébré ce 19 octobre est le 25e anniversaire de l'élection du Pape Jean-Paul II. Nous sommes invités, bien sûr, à prier pour celui qui, depuis 1978, préside courageusement et vigoureusement à la vie de l'Église catholique. Mais certainement nous devons considérer l'œuvre en lui de la Parole de Dieu qu'il accueille dans la contemplation et qu'il annonce avec générosité et avec une grande imagination. Il est pour nous un témoin. La lumière du Christ a envahi sa vie et il sent le besoin impérieux de la communiquer à ses frères et sœurs en humanité. Il a rencontré le Christ et il veut que les hommes et les femmes de notre temps puissent le rencontrer.
Nous nous redisons depuis quelques années que notre Église doit retrouver une fibre missionnaire qui s'est malheureusement affaiblie, le dimanche missionnaire mondial nous invite à nous redire la responsabilité qui est la nôtre. « Le devoir de l'animation missionnaire doit continuer à représenter un engagement sérieux et cohérent de chaque baptisé et de chaque communauté ecclésiale » (Jean-Paul II, Message pour la Journée missionnaire mondiale 2003). Nous sommes invités également à nous laisser inspirer par le témoignage missionnaire que nous donne le Pape Jean-Paul II, pèlerin infatigable qui annonce à temps et à contretemps la Parole de Dieu.
+Pierre Morissette
Octobre 2003
Centenaire de l’arrivée des Eudistes sur la Côte-Nord
SUR LE CHEMIN DE LA MISSION
On a souvent dit que l'histoire est maîtresse de vie. Cette petite phrase dit bien l'esprit que nous avons voulu donner à la célébration du centenaire de l'arrivée des Eudistes en Côte-Nord. Nous voulons très certainement faire honneur à leur mémoire; mais nous voulons aussi recevoir d'eux quelques leçons utiles pour guider la marche de notre Église en ce début du XXIe siècle.
Quand on s'arrête à l'histoire de cette arrivée, on est tout d'abord frappé par la difficulté de l'entreprise. Ces quatorze prêtres étaient tous français: il leur fallait s'adapter à une autre culture, à des façons de penser et de faire qui n'étaient pas les leurs et qui ont dû les étonner bien souvent. Ils arrivaient dans un pays au climat très rude dont ils pouvaient à peine imaginer la rigueur. Ils avaient affaire à une toute petite population répartie sur un immense territoire, ce qui exigeait beaucoup de déplacements; les moyens de transport de l'époque sur la Côte-Nord ne leur était certainement pas très familiers: canot, cométique, raquettes. Le défi était immense et leurs moyens très pauvres. Ils ont réussi, ils se sont implantés grâce à leur esprit de foi, grâce à une espérance invincible, grâce à l'amour qu'ils ont développé pour les gens d'ici. Tout cela leur a donné courage et détermination et a fait d'eux des missionnaires remarquables.
Notre situation ecclésiale, sous certains aspects, ressemble à la leur. Pas au niveau matériel, bien sûr: nous vivons une situation radicalement différente, ne serait-ce qu'au plan des transports et des communications. Mais je vous l'ai dit souvent ces dernières années, nous sommes membres d'une Église qui s'appauvrit. Pour affronter le défi de l'évangélisation, nos moyens sont petits et décroissants: diminution des ressources humaines, diminution des ressources financières, dans une société où la déchristianisation et la sécularisation nous invitent à des tournants majeurs pour remplir la mission, toujours la même, qui est de faire connaître à notre monde l'amour miséricordieux du Père et de l'inviter à accueillir cet Amour. On ne peut évidemment pas reprendre les méthodes eudistes du début du siècle dernier. Le manque de prêtres ne nous le permettrait pas… C'est pourquoi nous avons commencé à mettre en place des équipes locales qui, sous la direction d'un prêtre responsable de plusieurs paroisses, prennent en charge l'annonce de la Bonne Nouvelle dans leur milieu. Si les modèles pastoraux ne peuvent être répétés, les vertus chrétiennes qui ont animé les premiers eudistes arrivés ici demeurent par contre absolument nécessaires: esprit de foi, espérance forte devant les difficultés toujours nombreuses, amour des gens à qui nous sommes envoyés, courage, détermination. En tout cela, les premiers eudistes venus en Côte-Nord sont nos maîtres! Par leur exemple, ils nous éclairent sur le chemin de la mission.
Il est facile d'imaginer que, pour eux comme pour nous, il ne fut pas nécessairement facile de s'engager sur ce chemin. Où trouver la source de l'esprit de foi, de l'espérance, du courage qui les animaient ? La Parole de Dieu proclamée tout à l'heure nous fournit de précieuses indications.
Au jeune Samuel qui se sent appelé, mais qui n'arrive pas à déterminer l'origine de l'appel, le vieux prêtre Élie, guidé par sa longue expérience, donne le conseil suivant: « Tu diras: " Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ". » C'est de là que part la mission: l'accueil de l'appel du Seigneur dans une attitude d'écoute. Cela se fait dans la contemplation et dans la prière. « Contempler le visage du Christ, dit le Pape Jean-Paul II dans son message pour la prochaine journée missionnaire mondiale, conduit à une connaissance profonde et passionnante de son mystère. » De cette connaissance, découle une «audace tranquille qui permet de transmettre aux autres l’expérience de Jésus et l’espérance qui anime les croyants ». Dans le même message, il ajoute que « la mission de l'Église doit être avant tout soutenue par la prière ».
L'expérience de Jésus lui-même qui nous est rapportée dans l'Évangile nous fournit aussi un éclairage très utile. Au départ de sa mission, Jésus reconnaît qu'il est guidé par l'Esprit de Dieu. Il n'agit pas selon sa volonté propre, mais il est envoyé sous la mouvance de cet Esprit. Dans notre démarche missionnaire, il nous faut, nous aussi, nous laisser guider par l'Esprit. Mais comment reconnaître que c'est vraiment l'Esprit de Dieu qui nous guide? Les critères de discernement nous sont indiqués: l'Esprit de Dieu envoie vers les pauvres, vers ceux et celles qui ont besoin de libération et de lumière. L'Esprit de Dieu ne nous invite certainement pas au repliement sur nous-mêmes et à une petite vie tranquille. Il nous invite au contraire à partir, à aller à la rencontre des gens là où ils sont et à proclamer audacieusement la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité. Ce fut l'expérience des Apôtres au jour de la Pentecôte. Ce fut l'expérience des Eudistes venus chez nous. Notre expérience ne peut être autre.
Ce soir, frères et sœurs, nous voulons rendre grâces pour nos pères dans la foi qu'ont été les eudistes venus œuvrer sur la Côte-Nord. Nous rendons grâces pour leur dévouement et pour leur fidélité à Dieu mais aussi aux gens d'ici. En même temps nous voulons célébrer notre espérance que l'Église de la Côte-Nord, solidement appuyée sur la pierre angulaire qu'est Jésus et inspirée par l'exemple des Eudistes, saura relever le défi de la nouvelle évangélisation et transmettre aux jeunes générations la Bonne Nouvelle. Que le Seigneur nous exauce et nous bénisse! Que Marie, dont nous célébrons demain l'assomption au ciel, intercède pour nous pour que nous devenions une Église à l'esprit missionnaire!
+Pierre Morissette
Homélie de la célébration d’ouverture
des fêtes du Centenaire de l’arrivée des Eudistes sur la Côte-Nord
Forestville, 14 août 2003
Le temps des bilans
Nous arrivons à la fin d'une autre année pastorale. C'est le temps des évaluations et des bilans. Il est possible, en pastorale comme dans les autres secteurs de l'activité humaine, de faire des opérations en termes quantitatifs. Nous pouvons calculer le nombre d'activités réalisées, le nombre de personnes rejointes. Nous pouvons mesurer l'augmentation ou la diminution des services offerts aux membres de la communauté chrétienne. Nous pouvons même traduire toutes ces réalités en tableaux et diagrammes qui rendent encore plus accessibles nos mesures. Tout cela est, bien sûr, utile et intéressant.
Pourtant, si nous arrêtons là notre regard, nous risquons de passer à côté de l'essentiel. Il nous faut nous interroger en pensant à la mission qui est la nôtre. Est-ce que les activités d'éducation de la foi, les préparations aux sacrements, les célébrations liturgiques, les engagements de solidarité ont favorisé, dans notre communauté, la rencontre de Jésus-Christ, sauveur du monde? À première vue, on pourrait être tenté de répondre: « Mais cela va de soi ». Un deuxième regard nous invite probablement à un peu plus de prudence. Il n'est pas simple en effet de vérifier si tous nos efforts pastoraux ont provoqué la rencontre de Jésus, et cela pour une raison fort simple: c'est que cette rencontre exige de la part des croyants et des croyantes certaines dispositions intérieures qui ne dépendent pas, du moins en partie, de nos activités pastorales, si bien préparées soient-elles.
Mais, en même temps, ce souci de provoquer la rencontre de Jésus invite à un réexamen fréquent de nos façons de faire. Sont-elles bien ajustées aux personnes vers qui nous sommes envoyés? Peut-être ne réussissent-elles qu'à garder ces personnes dans un ronron confortable qui ne dérange rien et qui ne fait pas grandir. Peut-être risquent-elles de décourager ces mêmes personnes parce qu'elles sont mal adaptées à leur cheminement spirituel. En médecine, on sait bien qu'un médicament mal dosé provoque toutes sortes d'effets indésirables. Il peut en être ainsi de nos méthodes pastorales si elles sont mal dosées et ne prennent pas en compte la situation des personnes à qui elles s'adressent. La charité pastorale demande aux responsables de communauté une vigilance constante qui se manifeste par le courage et la capacité de réviser régulièrement les manières de faire afin de les adapter toujours mieux aux personnes à qui la Bonne Nouvelle est annoncée.
Ce temps des bilans nous pousse également à revoir nos attitudes pastorales. Est-ce qu'elles reflètent les attitudes de Jésus lui-même dont on loue l'accueil, la bonté, la miséricorde pour ne nommer que celles-là? Cette partie de l'évaluation relève évidemment de chaque personne engagée en pastorale; il serait probablement difficile de le faire en groupe. Mais il est certainement possible de le faire en présence du Seigneur, dans le calme de la prière.
À la fin de cette année pastorale, je rends grâce à notre Dieu pour vous tous, prêtres, agents et agentes de pastorale, membres des équipes locales, personnes bénévoles qui vous êtes consacrées généreusement à l'œuvre de l'Évangile dans notre Église de la Côte-Nord. Le temps des vacances approche. Nous y entrerons avec joie… en attendant de relever les défis qui nous attendent au cours de la prochaine année.
Bonnes vacances,
+Pierre Morissette
Juin 2003
Suivre les pas du Christ
« Faire carême » : l’expression est bien connue chez nous. Elle exprime la préoccupation qui était celle de tous les fidèles autrefois de faire quelque chose de spécial, d’inhabituel pendant les quarante jours préparatoires à la fête de Pâques. Cette préoccupation est moins présente aujourd’hui dans notre monde d’hyperconsommation. Mais chez les personnes qui la portent, la réponse est souvent semblable à ce que l’on entendait autrefois. Faire carême, c'est se priver de quelque chose, de cigarettes, de dessert, de chocolat, de friandises, etc. Cette privation que l’on s’impose à soi-même est vue comme un moyen de croissance personnelle et aussi comme une manière de plaire au Seigneur.
Dans son message du Carême, le Pape Jean-Paul II nous invite à faire un pas de plus en nous rappelant que nos privations doivent surtout nous conduire au partage avec le prochain. Il nous propose de « suivre les pas du Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui, dans la parfaite adhésion à la volonté de son Père, se dépouilla et s’humilia lui-même (Ph,2,6ss), se donnant à nous dans un amour désintéressé et total, jusqu’à mourir sur la Croix ». Il ajoute encore : « Le Fils de Dieu nous a aimés le premier, “ alors que nous étions encore pécheurs ” (Rm 5,8), sans rien exiger, sans nous imposer aucune condition à priori. Face à ce constat, comment ne pas voir dans le Carême une occasion propice pour faire des choix courageux d’altruisme et de générosité ? » Dans cette logique, est-ce que faire carême, ce n’est pas d’abord suivre le chemin tracé par le Christ et nous donner nous-mêmes au service de nos frères et sœurs ?
Dans notre monde en recherche, les besoins sont innombrables, les occasions de partage illimitées. Nous pouvons choisir de partager nos biens avec les plus pauvres de la terre, à travers un don à Développement et Paix par exemple. Nous pouvons choisir de partager notre temps, nos connaissances, nos talents : les communautés chrétiennes et de nombreux organismes sociaux recherchent constamment des personnes bénévoles.
Le temps de Carême que nous commençons est un temps de conversion qui nous pousse, à l’exemple du Christ, à nous dépouiller nous-mêmes pour être plus disponible à nos frères et sœurs en humanité. Ouvrons notre cœur à la Parole de Dieu et faisons connaître à notre monde, par nos engagements de solidarité, l’espérance dont elle est porteuse.
+ Pierre Morissette
Mars 2003
Favoriser la rencontre du Dieu vivant
Dans le dernier livre du P. Normand Provencher, o.m.i., un petit paragraphe a attiré mon attention. L'auteur y traite de la transmission de la foi. « Transmettre la foi, écrit-il, c'est plus que transmettre des vérités et des manières de faire. La foi, un peu comme l'amitié, on ne peut que proposer de la partager. On ne transmet pas une amitié mais seulement la possibilité d'une rencontre… Nous avons trop souvent la conviction que notre tâche consiste à enseigner et à communiquer un solide contenu de vérités. Mais il s'agit avant tout de faire des confidences sur notre propre foi et, surtout, de favoriser une expérience spirituelle, d'accueillir l'expérience de ceux et de celles avec qui nous sommes en route. Il s'agit donc de favoriser la rencontre du Dieu vivant, pas seulement de livrer des connaissances sur lui ».(1)
Ces quelques lignes m'ont amené à réfléchir sur nos pratiques sacramentelles. Ce domaine de la pastorale occupe beaucoup de notre temps, il est l'objet de nombreuses préoccupations et aussi de fréquentes remises en question. Mon propos n'est donc pas, dans ce court article, d'apporter des solutions lumineuses, mais d'ajouter quelques réflexions à toutes celles qui ont déjà cours.
Dans toutes les transformations qui ont marqué la vie de notre Église au cours des dernières décennies, il faut bien reconnaître que la logique n'a pas toujours été respectée. Certaines situations paradoxales ne manquent pas de nous étonner et de nous questionner: ainsi, entre autres, le fait que, malgré un taux de pratique dominicale qui est en chute libre depuis trente ans, la demande pour les sacrements de l'initiation chrétienne demeure très élevée. Cette situation nous a poussés, en Église, à modifier nos façons de faire, à proposer des temps de préparation qui ont tendance à s'allonger pour pallier à toutes les carences que nous percevons en terme de « connaissances » catéchétiques. Nous constatons facilement, entre nous, que les gens ne savent plus rien de la foi et de l'Église.
Nos nouvelles méthodes, nos exigences en terme de préparation aux sacrements créent toutes sortes de réactions. Alors que certains se soumettent volontiers, d'autres le font pour obtenir ce qu'ils veulent, ils jouent le jeu sans ouverture véritable du cœur. Chez d'autres encore, il y a véritablement blocage. Les critiques sont bien connues: exigences trop élevées, manque de temps à cause du travail, soupçon d'une volonté de récupération, etc. D'autres inconvénients de cette situation viennent de la perception que se font les fidèles des pasteurs, des agents et agentes de pastorale: nous sommes perçus trop souvent comme ceux qui savent alors qu'eux ne savent pas, comme ceux qui à cause de leur savoir, ont le pouvoir d'accepter ou de rejeter leur demande.
Peut-on rêver plus mauvaise position dans une société de consommation comme la nôtre où le client a toujours raison?
La réflexion du P. Provencher ouvre, me semble-t-il, une piste intéressante pour commencer à corriger cette difficulté: reconnaître et accueillir l'expérience spirituelle des personnes qui font la demande d'un sacrement. Cette expérience est peut-être enfouie sous une lourde couche de poussière, elle n'est peut-être pas très vivante, elle n'est peut-être pas facile à dégager. Comment la faire sourdre? Nous avons sans doute beaucoup à apprendre pour aider les personnes à parler de leur expérience spirituelle. Créativité et pédagogie deviennent des instruments nécessaires.
N'est-ce pas ce que le Christ a fait avec les disciples d'Emmaüs? Il a écouté leur tristesse, leur déception, leur difficulté à comprendre ce qui était arrivé à Jérusalem. Puis, à la lumière de la Parole de Dieu, il les a aidés à relire leur expérience; il les a conduit à une compréhension nouvelle des événements, il les a aidés à rencontrer le Dieu vivant.
Peut-on voir, dans cette approche de Jésus sur la route d'Emmaüs, une manière de faire disparaître la perception de pouvoir et de contrôle que les gens peuvent avoir de nous? Il vaut la peine d'y réfléchir, me semble-t-il.
+Pierre Morissette
Janvier 2003
(1) N. Provencher, Trop tard? Novalis 2002, p. 57-58