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| a) | Notre Église doit se décentrer d’elle-même, de ses problèmes de réorganisation et de réaménagement. Non pas que cela soit sans importance et qu’il ne faille pas le faire. Mais ces questions risquent de prendre tout notre temps; à la limite, elles peuvent nous détourner de notre tâche ministérielle première qui est d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut en Jésus. |
| b) | Je retiens, en deuxième lieu, que pour les ministres de l’Église, il est essentiel de s’attacher à la personne de Jésus et de s’abreuver constamment à la source vive de la Parole de Dieu. Nos contemporains sont en recherche de sens à leur vie. Les ateliers du jeudi matin, où les congressistes ont pu entrer en conversation avec des représentants de nombreux champs de l’activité humaine, ont montré qu’il y a place encore pour une parole d’Église dans notre société. Mais il faut une parole consistante, une parole qui fait sens et donne sens… comme la parole de Jésus à la samaritaine au puits de Jacob. Les ministres de l’Église, qui parlent au nom de Jésus, ne peuvent faire l’économie d’une fréquentation assidue de Jésus et de sa Parole. |
| c) | Enfin, et cela m’a beaucoup frappé, plusieurs personnes ont souligné le fossé qui s’est creusé entre le langage de l’Église et le langage des hommes et des femmes de notre monde. Notre langage, nos préoccupations, nos symboles même demeurent incompréhensibles pour beaucoup de nos contemporains. Cela m’amène à penser qu’il faut demander une nouvelle grâce de Pentecôte, des « langues de feu » qui vont nous aider à présenter Jésus et son plan de salut dans la langue, les langues des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Être attentif à la vie, aux souffrances, aux besoins des personnes pour que la Parole de Jésus y apporte sa lumière, voilà sans doute un grand défi pour nous. |
Ce congrès des ministères m'invite à centrer mon attention davantage sur Jésus et sur mes frères et sœurs en humanité que sur l'organisation et le fonctionnement de l'institution. Peut-être est-il opportun de se le rappeler au début d'une nouvelle année pastorale. Les ministres de l'Église ne sont pas des fonctionnaires, mais des témoins de Jésus qui aiment leurs frères et sœurs à la manière de Jésus. Qu'on se le redise souvent!
Bonne année pastorale,
+Pierre Morissette
septembre 2001
La mission aujourd’hui
Juin 2001, déjà! Une autre année pastorale qui tire à sa fin. Chacun, chacune peut regarder en arrière, se rappeler les joies et les peines vécues au cours de l’année, comptabiliser ses succès et ses échecs, au plan individuel et au plan pastoral. Si nous cherchons par ailleurs ce qui a marqué l’Église de la Côte-Nord depuis septembre dernier, il me semble difficile de ne pas mettre au premier plan notre réflexion commune sur la mission.
Dans un premier temps, nous avons jeté un regard sur le monde dans lequel nous vivons, sur notre Église et sur nous-mêmes; un regard à deux dimensions, un regard de sociologue et un regard de croyant. Nous nous sommes redit que nous n’étions plus en situation de chrétienté et qu’il fallait en tirer les conséquences. Nous ne parlons plus à une majorité de baptisés pratiquants réguliers, en contact fréquent avec la Parole de Dieu; nous nous adressons, au contraire, à une majorité de baptisés qui ont peu de liens avec l’Église, qui connaissent très peu la Parole de Dieu, qui attendent de l’Église des services ponctuels qui ne les engagent pas beaucoup.
Dans un deuxième temps, nous avons poursuivi notre réflexion sur le thème de l’initiation chrétienne, en nous demandant comment arriver à faire naître de véritables disciples de Jésus. Et finalement, au cours des quatre dernières rencontres de zone tenues au mois de mai, nous nous sommes demandé quels changements il nous faudrait accepter dans nos manières de faire et dans nos structures pour annoncer aujourd’hui l’Évangile dans un monde matérialiste et sécularisé.
Nous arrivons bientôt à l’heure des choix. Le comité diocésain de la mission, enrichi de toutes les idées recueillies au cours de l’année, sera appelé à présenter quelques propositions qui, je l’espère, vont marquer un tournant significatif dans l’action évangélique de notre Église.
Au cours de nos rencontres, nous avons pris aussi le temps de prier ensemble. Nous croyons en effet que dans le passage important auquel est appelée notre Église, il nous faut être à l’écoute du Seigneur et nous rendre disponible aux inspirations de l’Esprit. Dans les semaines qui viennent, le flot des activités va se calmer quelque peu : nous prendrons congé au plan des projets à réaliser. Mais nous continuerons à prier puisque, dans ce domaine, il n’y a pas de congé. Que le projet d’une Église qui doit apprendre à se transformer pour rejoindre les hommes et les femmes d’aujourd’hui et leur proposer la Bonne Nouvelle de Jésus continue d’habiter votre prière… même en été!
À chacun, à chacune, je souhaite de très heureuses vacances. Puissiez-vous y goûter un repos bien mérité!
+Pierre Morissette
Juin 2001
Des temps difficiles
Depuis quelques mois, les mauvaises nouvelles au plan économique se sont multipliées pour la Côte-Nord. Je pense en particulier au lock-out à la compagnie Cargill à Baie-Comeau, à la coupure de plus de 250 postes à l’usine Alcoa, au lock-out de la minière Québec-Cartier qui touche durement les villes de Port-Cartier et de Fermont, au recours à la protection de la loi sur les faillites par Uniforêt, au retard de la mise en chantier de l’usine de Louisiana Pacific à Bergeronnes et à la fermeture pour un temps indéterminé de Boisaco à Sacré-Cœur. Et l’on peut ajouter à cela la coupure de quarts de travail dans quelques autres usines. Un tableau qui n’est pas très emballant! Dans cette mer de nouvelles peu réjouissantes, il faut toutefois souligner la décision du gouvernement du Québec de s’occuper davantage des régions-ressources. Les 100 millions de dollars dont profitera la région aideront, il faut le souhaiter, au renforcement et à la diversification de l’économie régionale.
Entre temps, ce qui inquiète, ce sont les conséquences humaines de toutes ces difficultés dans les entreprises de la région. Beaucoup de travailleurs et travailleuses ont perdu leur emploi et sont contraints au chômage; plusieurs centaines sont en lock-out et en sont réduits aux prestations syndicales. Les coûts humains de ces situations sont souvent dramatiques : difficultés familiales, violence conjugale, recours à divers expédients pour tenter d’oublier la situation, etc.
Notre Église n’est pas un joueur très important au plan économique. Elle n’a pas non plus le pouvoir de régler les conflits de travail. Mais elle peut très certainement encourager et soutenir, et pourquoi pas susciter, les solidarités qui deviennent rapidement nécessaires dans ces situations. Les paroisses de Port-Cartier et de Fermont posent actuellement des gestes très signifiants en ce sens.
Nous pouvons également, comme Église, assurer le service de la prière dans ces temps difficiles. On s’attend à cela de la part de l’Église. Un leader syndical de Fermont que je saluais à la fin d’un repas communautaire me demandait explicitement de prier pour la solution rapide du conflit de travail où il se trouve engagé. Nos liturgies tout autant que notre prière personnelle ne peuvent faire abstraction de toutes ces difficultés.
L’espérance est la vertu des temps difficiles! Nous en avons bien besoin sur la Côte-Nord au moment présent. Que le Seigneur ressuscité la répande largement pour que nous trouvions des réponses pleines de vie aux difficultés qui assaillent la région.
+Pierre Morissette
Mai 2001
Mort et résurrection
La semaine sainte approche à grands pas. Au cœur de cette semaine, la célébration du mystère de mort et de résurrection, devient comme le modèle obligé de toute marche à la suite de Jésus. Dans son Cantique spirituel, saint Jean de la Croix énonce merveilleusement cette loi de la vie chrétienne : « L'âme qui désire vraiment la sagesse désire aussi vraiment entrer plus avant dans les profondeurs de la croix qui est le chemin de la vie; mais peu y entrent. Tous veulent entrer dans les profondeurs de la sagesse, des richesses et des délices de Dieu, mais peu désirent entrer dans la profondeur des souffrances et des douleurs endurées par le Fils de Dieu: on dirait que beaucoup voudraient être déjà parvenus au terme sans prendre le chemin et le moyen qui y conduit ».
Ce principe spirituel s'adresse, bien sûr, aux personnes. Nous le savons bien: il n'y a pas de croissance spirituelle possible, il n'y a pas de naissance véritable à la vie spirituelle sans mort au péché. C'est ce que symbolise et réalise tout à la fois la célébration du baptême: mort à la vie ancienne et entrée dans la vie nouvelle avec le Christ.
Mais, au-delà de la relation intime qui unit chaque chrétien, chaque chrétienne à son Seigneur, cette loi qualifie aussi son engagement dans la communauté chrétienne. Nous en faisons l'expérience tous les jours. Nous avons connu une Église de chrétienté aux institutions florissantes, aux méthodes éprouvées, aux possibilités multiples; une Église qui avait un rayonnement impressionnant dans tous les secteurs de la société. Nous nous retrouvons aujourd'hui dans une Église radicalement différente, au plein cœur d'un monde sécularisé. Ce qui a longtemps fait sa force devient comme un poids pour l'Église: une partie de ses institutions et de ses méthodes n'est plus adaptée à la situation nouvelle. Entrée au désert, l'Église doit s'alléger pour devenir plus mobile et éviter l'enlisement. Elle doit mourir à certaines de ses façons de faire, à certaines de ses structures, à certaines de ses certitudes. La vie nouvelle se trouve au bout de cette mort. C'est à ce prix seulement que le vent rafraîchissant de la nouvelle évangélisation arrivera à nous pousser vers des frontières nouvelles pour l'annonce de la Bonne Nouvelle.
Mystère de mort et de résurrection! Qu'il nous habite, qu'il soit l'objet de notre prière et de notre méditation tout au long de la semaine sainte que nous nous apprêtons à célébrer.
+Pierre Morissette
Avril 2001
Un visage à contempler
Au terme du Grand Jubilé de l’an 2000, le Pape Jean-Paul II a signé le 6 janvier dernier une importante lettre apostolique intitulée "Novo millennio ineunte". Il y fait un retour sur les célébrations de l'année jubilaire avant de proposer une réflexion sur les grands paramètres qui doivent guider l'Église au moment où elle entre dans le troisième millénaire.
Le deuxième chapitre, intitulé "Un visage à contempler", nous offre une magnifique méditation sur le Christ. "Avant de regarder l'avenir en termes immédiatement opérationnels, le Pape invite l'Église à ne pas abandonner la contemplation du mystère du Christ, mais au contraire à l'approfondir en restant les yeux fixés sur son visage. En effet, le risque est celui qui a été signalé par Jésus lui-même à Marthe de Béthanie (Lc 10,41): se lancer à corps perdu dans l'activité pastorale, en oubliant la contemplation qui en est la source." (Document de présentation de la lettre apostolique)
Contempler le visage de Jésus, c'est s'ouvrir au mystère de l'Incarnation, c'est reconnaître que Jésus est vrai Dieu et vrai homme. C'est reconnaître qu'en Jésus, Dieu s'est fait proche de nous dans un abaissement vraiment étonnant. Contempler le visage de Jésus, c'est aussi reconnaître en lui le fils de Marie et le Fils de Dieu; c'est faire nôtre la conscience très vive que Jésus avait lui-même d'être Fils de Dieu: "Le Père est en moi et moi dans le Père". (Jn 10,38). Contempler le visage de Jésus, c'est accepter de voir le visage de la souffrance, une souffrance qui ne plonge pas dans le désespoir, mais qui s'abandonne entre les mains du Père. Contempler le visage de Jésus, c'est enfin se laisser illuminer par le visage du Ressuscité; c'est Jésus ressuscité qui donne tout son sens à notre engagement pastoral.
"Nous n'entrons pas dans la pleine contemplation du visage du Seigneur par nos seules forces, mais en laissant la grâce nous prendre par la main. Seule l'expérience du silence et de la prière offre le cadre approprié dans lequel la connaissance la plus vraie, la plus fidèle et la plus cohérente de ce mystère peut mûrir et se développer." (no 20) C'est l'expérience que nous voulons vivre très prochainement dans nos rencontres de zone: venir à l'écart pendant quelques heures pour nous mettre à l'écoute du Seigneur et Le prier; faire silence sur nos activités pendant un temps pour que la grâce nous révèle le visage de Jésus.
+Pierre Morissette
Janvier 2001