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| Mars


Dieu tient parole: confiance !

Pour le carême 2010, notre appui repose sur la confiance en Dieu dont les promesses de sa parole continuent d’être au rendez-vous. « Dieu tient parole » est le fil conducteur qui nous guide depuis le début de l’année liturgique C.

« Dieu tient parole » parce qu’il a déjà réalisé sa promesse de salut en nous donnant son Fils, le Christ Jésus et l’a ressuscité pour le garder à sa droite. Ceci nous donne la possibilité de porter deux regards sur Jésus. Nous pouvons le regarder dans sa vie terrestre et ainsi nous le voyons derrière nous au niveau de l’histoire qui nous apporte son témoignage. Nous pouvons le regarder devant nous, ressuscité et avec Dieu, le Père, au-delà de notre histoire dans ce que Dieu nous réserve pour notre avenir après la mort.

Dans la foi, nous pouvons donc en même temps marcher avec Jésus dans notre vie terrestre puisqu’il a partagé cette manière de vivre et le regarder avec Dieu dans sa gloire où il nous attend. Nous avons là la particularité du carême qui nous propose de lier notre marche terrestre au Christ Jésus et à différents autres témoins de notre foi qui ont avancé vers Dieu, le Père où le Christ Jésus nous attend. Le Christ Jésus nous accompagne avec l’Esprit Saint dans notre histoire aujourd’hui.

Le mot carême veut dire quarante. Ce sont les quarante jours qui nous conduiront à la fête de Pâques, jour de la résurrection de Jésus. C’est le jour de la certitude de notre foi. Comme je l’ai rappelé, ce carême nous le vivons en lien avec des témoins qui ont emprunté ce chemin bien avant nous.

Le peuple hébreu a été quarante ans au désert du Sinaï en marche vers la terre promise. Moïse a été quarante jours sur le mont Horeb en attente des dix paroles d’Alliance que nous appelons les dix commandements de Dieu. Le prophète Élie a marché quarante jours et quarante nuits pour rejoindre Dieu sur le mont Horeb. Jésus, lui-même, a été quarante jours au désert où il a été tenté, nous disent les évangélistes. Tous ces témoins ont été tentés tout comme Jésus et tout comme nous le sommes.

Qu’est-ce que la tentation ? Le dictionnaire nous dit : « Ce qui porte à enfreindre une loi religieuse. Ce qui incite à une action en éveillant le désir ». Prenons comme exemple une mère qui donne dix dollars à son garçon pour aller chercher du lait et du pain. Il part pour l’épicerie. Sur sa route, il croise une chocolaterie. Le chocolat lui paraît délicieux et bon à goûter. La salive lui monte à la bouche. Il est tenté de prendre son argent pour acheter le chocolat au lieu de le garder pour le lait et le pain. S’il achète le chocolat, il succombe à la tentation. Il détourne ainsi l’utilisation de l’argent pour satisfaire son désir personnel de chocolat en laissant tomber le besoin de la famille en lait et en pain.

Dans la tentation, il y a toujours ce désir de me détourner de ce qui m’est demandé pour choisir une action qui semble m’apporter une plus grande satisfaction personnelle. C’est exactement ce qui se passe dans notre foi lorsque nous choisissons de vivre pour Dieu. Sur la route de notre vie, nous sommes tentés de choisir quelque chose qui semble nous apporter une plus grande satisfaction personnelle que de choisir d’obéir à Dieu. La période du carême vient mettre en lumière cette particularité qui marque notre marche vers Dieu.

Jésus a été confronté à la tentation. Les évangélistes mettent en évidence que Jésus, dès le début de son ministère, a rencontré sur son chemin l’adversaire de Dieu. Cet adversaire a essayé de le convaincre que la vie apporte plus de satisfaction en exploitant tous les plaisirs dans le monde, même en dehors de nos limites naturelles, que d’obéir à Dieu.

L’évangéliste Luc nous dit : « Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint […] fut mis à l’épreuve par le démon. » (Lc 4, 1) Jésus est rempli de Dieu parce qu’il est le Fils unique de Dieu, le Père. Il reste dans la fidélité à Dieu et Dieu tient parole à le traiter comme son Fils. Le démon le tente sur la satisfaction qu’il y a à vivre à la manière de Dieu. Le démon lui laisse voir d’autres choix qui lui amèneraient des satisfactions plus intéressantes dans le monde. Jésus est soumis aux mêmes tentations que le peuple hébreu au désert et nous verrons plus loin que nous sommes aussi soumis à ces tentations. Le récit évoque trois tentations. Premièrement, Jésus a faim. Le peuple a eu faim au désert et il s’est révolté contre Dieu parce qu’il voulait revenir en Égypte où il a toujours eu à manger. Le démon tente Jésus sur le comment il pourrait répondre à cette faim : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » (Lc 4, 3) Jésus est invité à utiliser ses pouvoirs pour satisfaire ses besoins matériels personnels comme si Dieu ne prenait pas soin de nourrir ses enfants.

Jésus regarde sa faim avec sa foi en Dieu qui tient parole : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. » (Lc 4, 4) Dans son livre « Comprendre la Parole », André Beauchamp attire notre attention sur cette tentation constante dans la vie publique de Jésus. Jésus multiplie les pains et guérit les malades pour aider le peuple et ce dernier se satisfait du bien-être que Jésus lui apporte. Le peuple est en train de réduire le projet de Jésus à une action de bienfaisance (p. 115). Jésus a dû apprendre à se méfier de cette tendance.

La deuxième tentation de Jésus est celle de dominer le monde. Le peuple hébreu a toujours cherché cette domination sur le monde. Jésus voit et connaît la réalité des royaumes de la terre. Le démon prétend avoir le pouvoir sur les royaumes et lui offre ce pouvoir : « Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » (Lc 4, 7) Jésus sait qu’il n’est pas le propriétaire de la création. Tout cela appartient à Dieu, son Père seul: « Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. » (Lc 4, 8) Jésus a toujours renoncé à la tentation du pouvoir en n’acceptant pas d’être roi ou d’engager un combat politique. Il a choisi les pauvres et la croix au lieu du pouvoir.

La troisième tentation est celle de tenter Dieu pour agir comme une force magique. Le démon tente Jésus sur l’acceptation de la loi naturelle de son corps : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; […] des anges te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » (Lc 4, 9-11) Au crucifiement, ce fut la même attaque en l’invitant à descendre de la croix et que Dieu le sauve. Jésus reste appuyer sur la fidélité à la Parole : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (Lc 4, 12) Jésus ne veut pas abuser de la fidélité de Dieu en ne respectant pas la capacité de son corps matériel.

Les 40 jours du carême sont faits pour nous aider à découvrir comment les tentations du Christ sont aussi les nôtres. Avec notre baptême, nous avons choisi de nous engager dans la vie nouvelle du Christ selon sa vie de ressuscité. Le récit des tentations nous fait toucher du doigt que choisir de vivre en ressuscité, c’est souvent choisir de renoncer à des manières de vivre. La société nous propose beaucoup de consommation pour avoir une plus grande satisfaction personnelle. La consommation nous entraîne dans la solitude, la fermeture sur nous-mêmes et nous coupe des autres. Elle fait naître souvent la tristesse. La vie de ressuscité invite à être en lien avec soi-même, les autres et Dieu, ce qui ouvre notre vie à la joie du partage.

Où est-ce que je mets ma confiance ? Est-ce que je recherche ma sécurité dans l’accumulation des biens matériels : auto, maison et argent ? Ou est-ce que je vais du côté de la vie nouvelle du Christ en recherchant le respect de l’autre et le fait de vivre un meilleur partage dans un soutien mutuel?

Est-ce que je mets ma confiance dans un meilleur contrôle de la vie de l’autre pour assurer ma sécurité ou bien vais-je miser sur l’établissement d’une meilleure justice entre nous ?

Devant ma maladie et ma souffrance, il y a l’assistance médicale, les médicaments et les soins de santé, est-ce que j’accepte leurs limites? Est-ce que j’accepte que Dieu m’ouvre sur une autre vie au-delà de la souffrance et de la mort ?

La vie nous place toujours devant des choix où nous sommes tentés de ne pas faire confiance aux capacités que Dieu nous a données. La tentation sera toujours de nous détourner de nous-mêmes pour aller du côté de la consommation, de la magie et de l’illusion. Notre carême nous invite à améliorer notre relation avec le Christ Jésus pour nous tourner vers Dieu qui tient parole et à lui faire confiance.

+ Jean-Pierre Blais
Évêque de Baie-Comeau







 

 

 

 

 


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